SylvainBazinet.Com Sylvain Bazinet
Sylvain Bazinet - Resume - Démarche | Artist Statement - Gallery
Démarche artistique
Artist Statement
Bien qu’ayant touché aux arts pendant des années, ce n’est qu’au tournant du millénaire que j’ai entrepris de créer une oeuvre originale.

La théorie du chaos peut-elle s’appliquer à l’art? En laissant glisser les pigments dilués sur la toile, ceux-ci prennent un chemin imprévisible. La moindre variation en quantité ou en mouvement produit un résultat différent. À partir de la figure ainsi créée, je tente de reprendre le contrôle de la toile. Travaillant par couches superposées, je provoque le hasard jusqu’à ce que la toile trouve son équilibre propre.

Le vernis dans mon travail cesse d’être un simple élément de finition pour devenir un médium. Par différents procédés, je lui donne du relief, de la craquelure, je le mélange à des pigments, etc. Cela contribue à ce que souvent les couleurs du tableau ressortent différemment selon l’éclairage.

Telle une bande dessinée en quadrichromie, chaque couleur n’est pas vraiment pure, mais est le résultat d’un alliage subtil de différents pigments qui crée une couleur dominante. L’impression générale laissée par la toile permet à l’observateur de voyager dans un monde qui n’est pas à son échelle : microcosme ou macrocosme.

Sylvain 2003

Having been in touch with the arts for years, it was not until the turn of the millennium that I set out to create an original work of my own.

Can the theory of chaos be applied to art? By letting the diluted pigments slide over the canvas, an unpredictable turn of events is set in motion. The slightest variation in quantity or movement yields a different outcome. Starting from the maelstrom thus created, I attempt to regain control of the canvas. Working by layering coats, I provoke the presence of risk and danger until the canvas finds its own equilibrium.

The lacquer in my work is not merely a basic finishing touch on the path to becoming a medium. Using different procedures, I give each painting, cracks, reliefs, blended pigments, and other unique characteristics. This approach often leads to the work’s colours emerging differently according to the lighting.

Much like a stripe designed through process printing, each colour is not truly pure, but instead results from subtle alloys of different pigments that eventually create a dominant colour. The resulting canvas compels the observer to travel through a world whose scale is different from their own: microcosm or macrocosm.

Sylvain 2003
Laisser sa trace ?
Leaving his trace ?

Après la mort, ne pas être oublié, c'est la longévité, disait Lao Tseu. Chaque portrait que je présente ici est une interprétation d’un de mes ancêtres. Ils sont tous décédés bien avant ma naissance. Je ne les ai pas connus et ils ne m’ont pas connu. Une vieille photo, parfois quelques papiers, c’est tout ce qu’il reste d’eux. Leurs espoirs, leurs rêves, leurs déceptions ont été enterrés en même temps que leur corps.

Ces portraits sont volontairement effacés, déformés. Je ne cherche pas à être réaliste. Ce n’est pas un hommage non plus. C’est peut-être un point de rencontre entre mon travail de généalogiste et celui d’artiste. Le passé et l’avenir. Une réflexion sur la pulsion de vie et de mort. La nature n’agit-elle pas ainsi ? Le germe de la mort n’est-il pas contenu dans la vie ?

Dans mes toiles abstraites, on retrouve ce même mouvement de la vie. Par sa nature, la peinture est un instantané. Dans mes toiles, voit-on des molécules s’attirant afin de créer une nouvelle structure ou est-ce au contraire une structure sur le point d’imploser, d’exploser ? La peinture a toujours voulu être autre chose qu’elle-même, c’est ce qui me fascine en elle. Dans cette exposition, j’explore le mouvement et les dimensions (macrocosme, microcosme), ce, avec un médium fixe et plat.

Cette exposition a quelque chose de particulier pour moi. Un début et une fin. Un tournant dans ma vie.

Sylvain 2008

To not be forgotten after one dies is true longevity, said Lao Tseu.

Each portrait that I am exhibiting is an interpretation of a different ancestor of mine. They all passed away long before I was born. They never had the chance to know me, nor did I ever know them. An old photograph, occasionally some paperwork, are all that remain to remind of their existence. Their hopes, dreams, and failures were all buried at the same time as their bodies.

These portraits of mine are deliberately erased and deformed. They are not intended to be realistic, nor are they homages in any sense. Ideally, they represent a meeting point between my genealogy work and artistry. The past and the future. A reflection on the parallel drives towards life and death. Does not nature behave the same way? Is not the germ of death contained in life?

Within my abstract paintings is found the same cycle of life.  By its very nature, painting is a static vehicle. In my paintings, can you see the molecules converging into a new structure, or on the contrary, is it a structure on the verge of imploding? Exploding? Painting has always sought to be something other than itself, and it is this which has always fascinated me. In this exhibit, I explore movement and dimensions, macrocosm and microcosm, through a fixed and two-dimensional medium.

This exhibit marks a special moment for me. A beginning and an end. A recurring cycle in my life.

Sylvain 2008
Ancêtres
Ancestors

Assis devant mon ordinateur, je me devais de vous adresser un dernier mot, un sorte d’adieu. Je vous vois sursauter. J’oubliais que vous étiez morts avant la naissance de mes parents. Vous ne connaissez pas ce néologisme, ordinateur. En gros, c’est une machine permettant de colliger des tonnes d’informations que personne ne traite. Mais revenons à nos moutons. Chacun de vous a rencontré un jour son conjoint, a eu des enfants. Ces enfants ont eu des enfants, etc. jusqu’à moi. Sous cet angle, chacun peut se dire quelle somme de hasards pour finalement aboutir à soi. En fait, c’est un faux problème. La vie est ce qui EST et non pas ce qui pourrait être. Nous sommes un événement parmi une suite d’événements survenus sans discontinuité depuis la nuit des temps.

Voici quelques petites choses qu’on m’a contées ou que j’ai découvertes sur vous. J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur si je vous tutoie. L’éloignement temporel permet certaines familiarités. Arsène, tu étais marchand tailleur sur la rue Saint-Laurent. Catholique et franc-maçon. Pas évident à l’époque ! Ton orgueuil t’aurait perdu. Claquant la porte des francs-maçons après t’être vu refuser un grade, tu aurais perdu ta clientèle et fait faillite. Ta femme, Mary Jane Biron, on prononçait son prénom à l’anglaise, meurt en couches de son dix-huitième enfant. Tu dois placer les plus jeunes de tes enfants à l’orphelinat. Mais tu n’a jamais lâché prise. À la fin de ta vie tu lançais une boisson gaseuze, le Pincola Dion. On te prêtait aussi des talents d’hypnotiseur. Est-ce pour cela que tu ne m’as pas laissé faire ton portrait ?

Urgel, tu ne savais lire ni écrire. Marié trois fois, tu n’as eu de descendance que de la deuxième, Marie-Flore Vaillancourt. Comme beaucoup de canadiens-français à l’époque, tu as vendu ta ferme à Lachenaie pour devenir ouvrier. Fut-ce une meilleure vie ?

Marie-Louise, que de difficultés tu m’as données en tant que généalogiste ! Ta grand-mère paternelle était selon toutes vraisemblances une Siouse de la tribu de la Feuille Tirée. Ton père serait né à Prairie du Chien dans le Wisconsin et a été baptisé huit ans plus tard à Montréal. Celui-ci devint orphelin vers l’âge de deux ou trois ans lorsque son père fut lâchement assassiné par un Amérindien. Généalogiquement parlant, ce fut aussi difficile du côté maternel. Tes grands-parents maternels se sont mariés à l’église anglicane Christ-Church de Montréal. D’où venait ton grand-père ? Son nom, Lyons (ou Lyon) peut être français, anglais, écossais ou irlandais. Catholique, protestant ou juif. Vu son mariage dans une église anglicane et son arrivée avant la grande migration irlandaise, il est bien possible qu’il fut anglais.

Georgiana, on te décrivait comme la femme forte de l’évangile. Est-ce toi qui a décidé un jour que le clan Simard quitterait Chicoutimi pour aboutir sur la rue Plessis à Montréal ? Je tairai les histoires que l’on contait sur toi à l’époque où vous viviez au Saguenay. Après tout, des étrangers nous regardent. Et les versions se contredisent. Tu as travaillé au Conservatoire Lassalle durant de nombreuses années. Tu es morte aveugle. Le diabète ? Une photo datant de tes dernières années te montre debout avec un livre à l’envers dans tes mains. Humour douteux de la part de tes enfants… As-tu laissée entrouverte la porte d’or séparant les vivants des morts afin de continuer à nous observer ?

Edmond, tu as été meunier, une position à l’époque. Sur la seule photo que je connais de toi,  on te voit complètement à l’arrière aux côtés d’Urgel. On dirait que tu dors. L’éducation et la musique comptaient beaucoup pour les Pagé. C’est pourquoi je me suis permis de glisser quelques pensées de Confusius dans le tableau que j’ai fait de toi.

J’ai hérité d’une parcelle plus ou moins importante de chacun de vous. En bien comme en mal. Pourtant nous sommes étrangers. Pour employer un mot à la mode, quelles valeurs partageons-nous ? Sans doute nous nous perdons en conjectures. Nous sommes ce que nous sommes et n’y pouvons rien. Notre destin ? Nous devons le forger, sinon le réinventer, chaque jour. Pour ne recevoir au bout de notre route ni punition, ni récompense. Hormis celle d’avoir valsé quelques instants à l’étrange bal de la vie.

Sylvain 2008

Seated at my computer I feel the duty to offer some parting words which will serve as my farewell. Oh, did I startle you? I had forgotten that you were dead before the birth of my parents. You do not know this neologism, “computer.” To be brief, it is a machine that has enabled an amassing of too much information that will never be put to use. But let us return to the sheep at hand. Each of you eventually met your partner and had children. Those children had children of their own, and so on, until I entered the equation. From this angle, each person could figure out the sum of luck and/or accidents that occurred before you be ca me yourself. Ultimately, it is a false problem. Life is what it IS and not what it could be. We are but a phenomenon in a series of events that have taken place without discontinuity since the dawn of time.

Here is some information that was passed down to me or that I discovered about you. I hope you will not be too hard on me if I speak of you in familiar terms. Arsène, you were a merchant tailor on Saint-Laurent street. Catholic and a Freemason. Not easy in those days! Your self-pride would have given you away. Frustrated at having lost an election which would have elevated your rank, you left the Freemasonry, leading to the disappearance of your clientele and eventual bankruptcy. Your wife, Mary Jane Biron, we pronounced her first name in English, died while giving birth to her eighteenth child. Back then, you had to bring the youngest of your children to the orphenage. But you never let go. Towards the end of your life, you threw a soft drink, the Pincola Dion. We still ca rry on your hypnotic abilities. Is this the reason why you never let me paint your portrait?

Urgel, you never knew how to read nor write. Married three times, you produced but one descendant with from your second wife, Marie-Flore Vaillancourt. Like many French-Canadiens of the time, you sold your farm in Lachenaie to become a factory worker. So did it get you that better life you had been searching for?

Marie-Louise, you have ca used me so many difficulties as a genealogist! Your paternal grandmother was most probably Sioux from the Feuille Tirée tribe. Your father was born in Prairie du Chien in Wisconsin and was baptised eight years later in Montreal. He became an orphan around the age of two or three when his father was assassinated by an Amerindian. Speaking from a genealogist’s perspective, the process was just as difficult on your mother’s side of the family. Your grandparents were married at the Anglican Christ-Church of Montreal. From where originated your grandfather? His name, Lyons (or Lyon) could be French, English, Scottish, or Irish. Catholic, Protestant, or Jewish. Since his marriage took place in an Anglican church and his arrival to Quebec predates the first wave of Irish immigrants, there exists a strong possibility that he was in fact English.

Georgiana, you were described as "the strong evangelical woman." Was it you who one day decided that the Simard family should leave Chicoutimi to live on Plessis street in Montreal? I heard many stories told about you from when you lived in Saguenay, but rest assured, I do not repeat them to strangers. And also, there existed different versions which would contradict one another. You worked at the Lassalle Conservatory for many years. You died a blind woman. Was it diabetes? A photograph dating from your final years depict you standing, while holding a book upside down. An amusing sight it must have been for your children…did you leave open the golden door seperating the living from the dead in order to keep observing us?

Edmond, you were a miller, an important position in those days. In the only photograph I have depicting you, both you and Urgel are barely visible behind the rest of your family. One would think you were sleeping. Education and music meant a lot for the Pagé family. This is why I allowed myself to integrate certain thoughts of Confucius in the painting I created of you.I inherited a more-or-less important trait from each of you. Good with the bad. Yet we are strangers. To use a term that has become popular as of late, what “values” do we share? Without question, we would get lost in speculation. We are who we are, and nothing more. Our destiny? We must forge it ourselves, if not reinvent it on a daily basis. So that once we reach the end of the road we receive neither punishment, nor reward. Save for having waltzed for a brief moment in this strange Ball cal led life.

Sylvain 2008

Translated by Michael Reinharz

Thanks Ashok for your comments.

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